Qu’est-ce que la nicotine ?

LA NICOTINE

 

La nicotine (qui doit son nom au fait que le tabac a été introduit en France par Jean Nicot) est un alcaloïde présent dans les plantes de la famille des solanacées, notamment dans les feuilles de tabac (jusqu’à 5 % du poids des feuilles). La nicotine a des propriétés acaricides, insecticides et fongicides : sa toxicité protège la plante des insectes.

La nicotine a été découverte en 1809 par Louis-Nicolas Vauquelin, professeur de chimie à l’École de médecine de Paris7, et isolée en 1828 par deux savants allemands, Wilhelm Heinrich Posselt et Karl Ludwig Reimann.

La nicotine est un agoniste de certains récepteurs à l’acétylcholine, les récepteurs nicotiniques (nommés ainsi par opposition aux récepteurs muscariniques). Les récepteurs nicotiniques sont des récepteurs ionotropes : leur activation par la nicotine entraîne une entrée d’ions sodium et une sortie d’ions potassium, et par suite une dépolarisation du neurone post-synaptique. Ce potentiel postsynaptique excitateur a des conséquences différentes selon le type de neurone. Les récepteurs nicotiniques sont abondants dans le système nerveux autonome, au niveau des jonctions neuromusculaires, et dans les systèmes cérébraux noradrénergiques et dopaminergiques (circuit de la récompense notamment). À plus haute dose il s’agit d’un poison violent, qui irrite le système digestif, entraîne des atteintes du système nerveux central (convulsions, coma) et des muscles (en particulier le cœur, la respiration). Des paralysies et des spasmes vasculaires se rencontrent fréquemment. La mort par arrêt respiratoire peut survenir rapidement après l’apparition des premiers symptômes d’empoisonnement (en 30 à 60 minutes).

Rôle en biologie végétale

La nicotine est un alcaloïde présent dans les plantes de la famille des solanacées, notamment dans les feuilles de tabac (jusqu’à 5 % du poids des feuilles). La nicotine a des propriétés acaricides, insecticides et fongicides : sa toxicité protège la plante des insectes.

Cet alcaloïde agit par inhalation, ingestion et contact. La nicotine se dégrade en 3-4 jours. C’est une substance très toxique pour l’homme, les mammifères et les poissons. Sa DL 50 est de 50 mg·kg-1. Elle peut être inhalée et absorbée directement à travers la peau : il faut donc éviter tout contact lors de sa manipulation. Le traitement est plus efficace s’il se déroule à température élevée (>30 °C). Il ne faut pas consommer les cultures traitées avant un délai de 4 jours.

Préparation : la bouillie se prépare en arrosant 1 kg de tiges et de feuilles avec 15 l d’eau plus une poignée de savon (agent mouillant). Après 24 h, ce mélange est filtré et prêt à l’emploi.

Effets sur l’organisme

À faible dose, la nicotine a un effet stimulant et relaxant. Elle provoque une augmentation de la pression artérielle et du rythme cardiaque, entraîne une libération d’adrénaline (hormone stimulante) et réduit l’appétit, augmentant par conséquent le métabolisme. Elle aurait également pour effet d’améliorer la concentration et la mémoire dues à l’augmentation d’acétylcholine8. À haute dose, elle possède cependant un effet déprésseur et provoque des nausées et vomissements, puis la mort par paralysie respiratoire (surdose). La DL50 pour un rat est de 50 mg·kg-1, pour une souris de 3 mg·kg-1, pour un humain de 50 mg en moyenne (0,5–1 mg·kg-1). Une autre source9 indique une dose létale pour l’être humain de 60 mg.

Rôle de la nicotine dans la dépendance au tabac

Certains modes de tabagisme induisent rapidement une dépendance physique, et son arrêt peut entraîner des phénomènes indésirables (irritabilité, maux de tête, anxiété, etc.), voire conduire, dans des cas extrêmes, à une dépression. Bien que leur maximum se situe aux alentours de 3 à 4 jours, ces symptômes peuvent durer quelques semaines après la dernière consommation. Il convient donc d’apprendre à y faire face efficacement : en cas de difficulté répétée, ne pas hésiter à envisager une aide à l’arrêt sans attendre la manifestation des effets néfastes à long terme du tabagisme.

Les recherches de l’équipe du neurobiologiste français Jean-Pol Tassin (INSERM, Collège de France) ont toutefois montré que la nicotine seule ne suffit pas à induire une dépendance chez l’animal : « L’administration de nicotine chez l’animal ne produit pas les effets prédits par le modèle courant de l’addiction. Pour que la nicotine produise effectivement l’addiction, il faut lui associer soit des inhibiteurs de la monoamine-oxydase, soit des produits qui ont la même action »10.

Outre la nicotine, la fumée de tabac contient de nombreux composants chimiques, parmi lesquels des substances inhibitrices des monoamines oxydases comme l’harmane et la norharmane. Les inhibiteurs des monoamine oxydases (IMAO) agissent en diminuant l’élimination de neuromédiateurs monoamines (noradrénaline, sérotonine et dopamine), ce qui augmente indirectement leurs concentrations. Ces neurotransmetteurs régulateurs de l’humeur sont centraux dans le développement de la dépendance. L’harmane et surtout la norharmane semblent être responsables de la diminution des concentrations des monoamine oxydases chez les fumeurs, et il a été montré que la prise répétée d’un antidépresseur de la classe des IMAO, la tranylcypromine, en concomitance avec de la nicotine produisait une sensibilisation accrue à cette dernière, par la médiation des récepteurs sérotoninergiques et noradrénergiques11.

Prenant en compte d’autres facteurs que la nicotine, le Pr Karl Fagerström avait proposé un Test de dépendance à la nicotine (FTND) utilisé par les professionnels de santé ; en 2011, il a demandé que ce test soit renommé « Test de dépendance à la cigarette » (Fagerström Test for Cigarette Dependence, FTCD)12.

Dépendance potentielle à la consommation de spécialités pharmaceutiques de nicotine

À la différence de la consommation de tabac, fumé ou non, il n’est pas établi que le recours aux timbres transdermiques de nicotine ou que la nicotine injectée puissent induire une dépendance. Les signalements de dépendance aux spécialités pharmaceutiques contenant de la nicotine chez les personnes n’ayant jamais fumé sont rares. Ils concernent exclusivement les gommes à mâcher13.

Surdosage et intoxication à la nicotine

Un surdosage en nicotine se manifeste par les symptômes suivants :

  • nausées
  • palpitations
  • maux de tête (céphalées)
  • insomnies
  • diarrhées
  • lipothymies (malaise, vertige, lourdine, étourdissement, etc.)
  • sècheresse buccale
  • hypersalivation
  • douleurs abdominales
  • diminution de l’acuité auditive
  • faiblesse générale, etc.
  • À doses élevées, peuvent apparaître une hypotension, un pouls faible et irrégulier, une gêne respiratoire, une prostration, un collapsus cardiovasculaire et des convulsions. Les doses de nicotine tolérées par les sujets fumeurs peuvent entraîner une intoxication aiguë susceptible d’être fatale chez les jeunes enfants.

Cinétique de la nicotine inhalée

La nicotine inhalée est absorbée (« résorbée ») par les capillaires sanguins des poumons. Après un court passage dans le cœur gauche, la nicotine passe la barrière hémato-encéphalique et arrive en 10 à 19 secondes dans le cerveau, sans passage par le système porte hépatique. Elle n’est donc pas filtrée, ce qui augmente son action sur le système nerveux central14. Les taux de nicotine sont six à dix fois plus élevés dans le plasma artériel que dans le plasma veineux14.

Une étude15 a comparé les propriétés pharmacocinétiques des cigarettes classiques, des cigarettes électroniques contenant 16 mg/ml de nicotine et d’un inhalateur pharmaceutique de nicotine dosé à 10 mg de nicotine. Les concentrations maximales sont de 13,4 ng/ml (6,5 à 20,3) avec les cigarettes classiques, 1,3 ng/ml (0,0 à 2,6) avec les cigarettes électroniques et 2,1 ng/ml (1,0 à 3,1) avec l’inhalateur. Le pic plasmatique est atteint en 14,3 minutes (8,8 à 19,9) avec les cigarettes classiques, 19,6 minutes (4,9 à 34,2) avec les cigarettes électroniques et 32 minutes (18,7 à 45,3) avec l’inhalateur. Les concentrations obtenues avec les cigarettes électroniques sont plus faibles mais le pic plasmatique est atteint presque aussi rapidement qu’avec les cigarettes classiques.

Notes et références

  1. ↑ abcdefg et h NICOTINE [archive], fiche de sécurité du Programme International sur la Sécurité des Substances Chimiques [archive], consultée le 9 mai 2009
  2.  Masse molaire calculée d’après Atomic weights of the elements 2007 [archive], sur www.chem.qmul.ac.uk.
  3. ↑ a et b (en) J. G. Speight, Norbert Adolph Lange, Lange’s handbook of chemistry, McGraw-Hill, 2005, 16e éd., 1623 p. (ISBN 0-07-143220-5),p. 2.289
  4.  « nicotine » [archive] sur ESIS, consulté le 11 février 2009
  5.  « Nicotine [archive] » dans la base de données de produits chimiquesReptox de la CSST (organisme québécois responsable de la sécurité et de la santé au travail), consulté le 25 avril 2009
  6.  Numéro index 614-001-00-4 dans le tableau 3.1 de l’annexe VI du règlement CE no 1272/2008 [archive] (16 décembre 2008)
  7.  Annales de Chimie, t. LXXI, « Analyse du tabac »
  8.  (en) Rusted J, Graupner L, O’Connell N, Nicholls C, Does nicotine improve cognitive function? [archive]. Psychopharmacology (Berl.) 115 (4): 547–9.doi:10.1007/BF02245580 [archive]. PMID 7871101 [archive], août 1994
  9.  Guide pratique des intoxications, E. Fornier, éditions Heures de France, 1977
  10.  « Entretien avec Jean-Pol Tassin » [archive] La lettre du Collège de France Hors-série no 3 | 2010, mis en ligne le 24 juin 2010.
  11.  (en) Lanteri C, Hernández Vallejo SJ, Salomon L. et al., « Inhibition of monoamine oxidases desensitizes 5-HT1A autoreceptors and allows nicotine to induce a neurochemical and behavioral sensitization », J. Neurosci.,vol. 29, no 4, janvier 2009, p. 987–97 [lien PMID [archive]lien DOI [archive]]
  12.  (en) Fagerström KO. « Determinants of Tobacco Use and Renaming the FTND to the Fagerström Test for Cigarette Dependence » Nicotine & Tobacco Research (2011) (DOI:10.1093/ntr/ntr137 [archive])
  13.  Commission nationale des stupéfiants et des psychotropes sur la cigarette électronique [archive] Compte rendu de la réunion du 24 juin juin 2010 (AFSSAPS)
  14. ↑ a et b J. Prignot « « Approches thérapeutiques de la cessation tabagique chez les fumeurs très dépendants » » (Archive • Wikiwix • Que faire ?). Consulté le 2013-03-25 Louvain Med. 1999;118:555-562. [PDF]
  15.  (enBullen C. et al. « Effect of an electronic nicotine delivery device (e cigarette) on desire to smoke and withdrawal, user preferences and nicotine delivery: randomised cross-over trial » [archive] Tob Control.2010;19(2):98-103.

 

source